Jeudi 12 avril 2007
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Nom : FalamhPrénom : MorganRace : VampireOrigine : IrlandePhysique : Plutôt jolie, Morgan. C’est l’une de ces jeune femme vers laquelle beaucoup de regards se tournent, autant par curiosité que par fascination. Sans doute cela doit venir de sa démarche légère et féline, à moins qu’il ne s’agisse de ses courbes. Dame nature a eu l’extrême gentillesse de se montrer plutôt généreuse de ce côté-là, de la poitrine ronde et ferme aux jambes délicatement fuselées, en passant par une chute de rein agréable, une taille fine peut-être fragile. Ses mains fines même esquissent leurs moindres gestes avec une grâce et élégance. Mais reportez-vous seulement sur son visage pour en observer les traits fins et merveilleusement bien tracés. Sous un adorable nez, ses lèvres pulpeuses s’ourlent souvent d’un agréable sourire, peut-être un peu aguicheur mais ça… Croisez donc son regard et peut-être resterez-vous quelques instants accrochés à un regard charmeur. Ses iris assez sombres ne sont pas noirs pour autant et offrent plutôt une teinte tirant vers un gris argenté subtile. Son teint même, relativement pâle, semble n’avoir été que rarement caressé par le soleil. C’est sans doute pour cela qu’elle ne comporte aucune imperfection, aucun défaut. Pour parfaire cette vision sublime, une cascade de boucles d’un roux enflammé vient s’ajouter, encadrant son visage, tombant en liberté sur ses épaules, le long de son dos, ne cessant leur course qu’à la naissance de la courbe des fesses. Elle ne se fait pas vraiment remarquer par sa taille, avec son simple mètre soixante-huit. Ce qui la rend remarquable outre ses réguliers sourires enjôleurs et sa cascade de cheveux flamboyants, c’est son apparente douceur.Pour le style vestimentaire, on ne peut pas dire qu’elle cherche une grande originalité. Elle apprécie beaucoup de style mais dans l’ensemble elle préfère des tenues assez classiques. De jolies robes merveilleusement coupées, une simple barrette pour empêcher de longues boucles de venir voiler son regard, et très peu de bijoux si ce n’est des boucles d’oreilles discrète. Si vous la surprenez dans son existence habituelle, vous la trouverez avec une robe légère dont les ondulations épousent à merveille les variations de ses courbes. Aux pieds, plutôt des escarpins agréables à porter. S’il fait froid, elle préférera un pantalon en jeans merveilleusement moulant et de simples ballerines. Souvent ses épaules sont laissées nues, ou à défaut, elle offre un beau décolleté tout juste suffisant pour deviner le rebord de dentelles d’un soutien-gorge. En soirée elle fait des merveilles, portant de préférence des œuvres de grands couturier avec un penchant net pour les longues robes fendues jusqu’aux cuisses et les hauts tout juste noué sur une nuque découverte par un chignon savamment fait.Caractère : Elle semble si douce et si gentille, Morgan. Elle l’est, très certainement. Parlez-lui toute une soirée et, en parfaite concordance avec son charme apparent, elle se montrera polie, à l’écoute, inspirée pour vous faire passer une nuit riche en paroles et plus si affinité. Peut-être la trouverez-vous un peu volage mais ne vous y fier pas, elle n’est pas de celle qui cède trop facilement. Non, ce qu’elle aime, c’est jouer de séduction, vous laisser croire à des merveilles et vous laisser sur votre faim. Or de ces petits amusements, c’est quelqu’un de responsable et de réfléchit, prompt à prêter l’oreille aux moindres problèmes de ses amis. Elle sait aussi faire la part des choses et agir quand c’est le moment, mais de manière générale elle ne semble pas aimer la violence. Son but ? Une entente entre tous, une coexistence dans la paix et l’harmonie. L’harmonie, vraiment ? Tout est relatif. Ce n’est pas parce qu’un fruit offre une couleur attirante qu’il ne cache pas un ver en son sein. Le défaut dans l’esprit de Morgan ? C’est sa duplicité dont elle fait usage à merveille. Aussi sûre qu’elle se montre performante et convaincante pour calmer les emportements des autres, elle peut subitement changer de masque.Vous avez commis l’erreur de la provoquer plus d’une fois ? Vous avez essayé de la menacer ? Elle ne vous offre pourtant qu’un sourire neutre dénué d’animosité. Pourtant il existe une frontière à sa patience, et dès que vous l’avez franchi…Vous tuer ? Oh non, elle ne se le permettrait pas. Non, pas avant de vous avoir détruit psychologiquement. Elle commencera par quelques délicats actes menaçants, sans même que vous sachiez qu’elle en est la cause. Ensuite peut-être en viendra-t-elle à vous attraper et jouer d’une toute autre manière, détruisant lentement votre corps en se délectant de vos hurlements torturés. Et tandis que vous agoniserez, elle vous offrira une dernière humiliation avant de vous faire définitivement passer dans l’autre monde. Sadique ? Non, le mot est trop léger. Cette petite parcelle ne ressort que très rarement mais quand vient l’heure, elle laisse durer son plaisir jusqu’à l’extase. Cela peut durer des heures, parfois des mois. Elle a tout le temps pour s’amuser, tellement de temps…Alors quand on lui en offre l’occasion, pourquoi se priver ?Mais cet aspect de sa personnalité n’apparaît que trop peu. Non vraiment je vous assure, regardez-la ! Avec ses délicats sourires, pensez-vous qu’elle serait capable de commettre les pires horreurs ?Histoire :
Après une longue hésitation, la plume alla finalement plonger dans le flacon d’encre. Au milieu de plusieurs lettres datées d’avril 1814, une main gracile s’empare de quelques feuilles d’un blanc immaculé et commence à tracer des lettres avec élégance et assurance. Pas une goutte ne vient tâcher le commencement de cette écriture…
Irlande, 1385. Ce devait être à cette époque que je suis morte pour la première fois. Je me souviens de l’éclat du soleil sur la lande verdoyante, de ce vent frais venu du large, mais surtout, je me rappelle la couleur du sang et des entrailles rependues sur le sol, au milieu d’éclats de bois calcinés. A cette époque, les conquérants anglais faisaient des ravages sur le sol de ma partie, massacrant guerriers et paysans, violant femmes et enfants, détruisant des villages entiers dans leur sauvagerie. Je ne me rappelle pas exactement de mon âge. Je devais avoisiner les huit ans quand le corps de ma mère transpercé s’est effondré sur moi, son corps mutilé cachant la petite fille terrorisée que j’étais alors. Mon père a longtemps pleuré, blessé dans son corps et dans son âme. Il répétait sans cesse les mêmes mots, encore et encore, tant et si bien qu’aujourd’hui ils me reviennent encore parfaitement en tête…[i] « Pitié, épargnez ma famille, pitié… »[/i]La fièvre qui accompagna l’infection de ses blessures le tua en quelques jours, lui permettant de fuir aussi bien la folie que l’horreur.Ce que nous faisions à cette époque ? Ma famille possédait un petit troupeau de mouton. Mon père était imbattable quand il s’agissait de marchander la laine à bon prix, et ma mère était connue dans notre village pour ses talents en tant d’herboriste. En toute honnêteté, malgré le peu de souvenirs qu’il me reste de cette époque, je n’en garde que de bonnes impressions. L’odeur de l’herbe mêlée au vent salé, la douceur du soleil en été et la pureté de la neige en hivers. Les chants de ma mère au coin du feu et l’odeur de tabac de la pipe de mon père. Mais tout ceci s’est achevé dans un bain de sang.
Quelques coups viennent troubler le silence dans la pièce. La plume cesse d’écrire et la silhouette gracile se relève, avance vers la porte pour l’ouvrir. Quelque fleurs sont déposées dans un vase sur le pallier et les mains délicates s’empressent de les ramasser, humant un instant leur parfum pour les ramener à l’intérieur, refermant la porte. Elle va déposer le vase sur le secrétaire, et reprend la plume pour poursuivre son écriture…
De mon village il ne restait plus grand-chose. Les villageois survivants s’étaient empressés de fuir. Du haut de mes huit ans, que pouvais-je bien faire ? Les Anglais pouvaient revenir n’importe quand. Je n’arrivais pas à dormir, dans le silence j’entendais les prémices d’une nouvelle attaque. J’ai pris ce qu’il restait de moutons et j’ai marché, en direction de la mer, sur le chemin que prenait mon père pour aller vendre le bétail. Là-bas on m’a offert de l’argent contre mes moutons. Avec le recul, je réalise que je me suis très certainement faite avoir, mais peu importe. Je ne voulais qu’une chose, trouver un moyen de survivre. C’est dans ce même port qu’une auberge m’a proposé du travail. Rien de bien concluant, mais en échange du ménage et de la vaisselle, je gagnais le droit de dormir au chaud et de manger au moins une fois par jour. Je ne me souviens plus des traits du propriétaire, mais sa femme restera toujours dans ma mémoire. Une dame douce et bienveillante qui n’hésitait pas à se priver d’un repas pour me permettre d’avoir quelque chose dans l’estomac. Malgré la guerre, cet endroit restait intact. Le port permettait beaucoup d’échanges commerciaux entre l’Irlande et l’Angleterre, de fait ces derniers ne voyaient pas l’intérêt de le détruire, du moins pas pendant les premières années. Le temps passa, et je devais avoir quinze ans quand tout changea brusquement, une fois encore.J’étais passée des cuisines au service, ce qui arrangeait bien le patron. C’est incroyable comme une jolie rousse peut attirer de la clientèle. Le soir il m’arrivait même de danser sur les tables pour les ivrognes ou d’accompagner leurs chants de beuverie avec une flûte traversière, recueillant quelques pièces et beaucoup d’éclats de rires. Les marins étaient un peu bourrus, mais bon enfant. Beaucoup racontaient leurs exploits en mer, chantaient des chansons paillardes sur un ton faux mais tellement entraînant que j’en venais toujours à les accompagner avec mon instrument. J’avais appris à l’utiliser avec un vieux loup de mer qui l’avait rapporté d’un voyage. J’oubliais le sang et les cris pour la musique et les plaisanteries. Seulement son Altesse d’Angleterre a décidé que tous les port d’Irlande devaient être la propriété du royaume et voilà mes braves amis marins forcés de payer des taxes si lourdes que pêcher ne leur permettaient plus de nourrir convenablement leurs familles. Ils refusèrent des soumettre, la flotte anglaise attaqua.Il ne fallu pas plus d’une nuit pour que le port soit investi. Un pêcheur face à un soldat entraîné… Ce n’est pas très équilibré. Un gradé investi l’auberge, menaça le propriétaire et sa femme, exigea le gîte et le couvert pour ses collègues le tout sans le moindre respect pour l’auberge. Je n’ai pas eu mon mot à dire ses hommes envahissaient l’endroit, détruisant le mobilier, vidant les réserves d’alcool sous ses encouragements.J’ai essayé de m’opposer, ou du moins de lui demander de calmer ses hommes, mais je n’ai récolté pour ma demande qu’un coup de poing à travers le visage. Alors moi aussi j’ai cessé d’être polie. Mais pour le punir, j’ai attendu la nuit.Il s’était endormi comme une masse peu après avoir vidé une bouteille d’alcool, se moquant que quelqu’un puisse entrer dans sa chambre. Je n’ai pas pu résister, c’était plus fort que moi. Je n’avais rien qui eut pu me servir d’arme, mais j’avais d’autres ressources. En silence, le regard vide, j’avais simplement dénoué le cordon qui me servait de ceinture et, tandis qu’il dormait à plat ventre, je l’ai enjambé, j’ai passé le cordon autour de son cou, et… Il s’est débattu comme un beau diable, mais dans cette position, impossible pour lui de me renverser. Ce fut tout juste s’il avait pu tourner en partie ses bras pour m’attraper les poignets, plantant ses ongles, serrant très fort, mais je ne ressentais même plus la douleur. C’était comme si quelqu’un d’autre avait pris possession de mon corps pour commettre cet acte. Je devrais peut-être en retirer du remord, mais étrangement ce ne fut jamais le cas. Tout s’est déroulé comme le plus naturellement du monde et, après avoir dénoué le cordon, j’ai fouillé dans les affaires du gradé pour lui prendre ce qu’il avait d’or et d’objets précieux sur lui, et je me suis enfuie. A la faveur de la nuit, il ne m’a pas été difficile de me glisser dans les cales d’un vaisseau de l’armée anglaise. Les soldats, trop ivres suite à la fête de leur victoire déloyale, ne m’ont pas remarquée. C’est de cette manière que je suis arrivée au Royaume-Uni. Pour y faire quoi ? Au départ je n’en avais pas la moindre idée.
La main reposa la plume et décrocha un pétale de l’une des fleurs à côté d’elle. Pourquoi écrivait-elle cette histoire d’ailleurs ? Jamais elle n’avait tenu de journal, jamais elle n’avait jugé utile de parler de cette époque à qui que ce soit ou presque. Mais il y a des moments où on se sent le besoin de se confier, même à un simple bout de papier. Elle déposa le pétale dans un coin de sa feuille et attrapa la plume à nouveau.
Il n’y avait qu’une seule chose qui guidait mes pas en Angleterre : la vengeance. En vérité je n’éprouvais pas vraiment de la haine pour les anglais, mais ils tuaient les autres si facilement que je pouvais bien faire pareil avec eux, non ? Les soldats ne m’intéressaient pas. Trop bas sur l’échelle hiérarchique. Celui qui m’intéressait, c’était un général, un de ceux qui décide où et quand les attaques se faisaient. Un qui fermait les yeux sur la sauvagerie des soldats, qui n’avait cure de la souffrance des innocents. Je n’ai pas mis longtemps à trouver ma proie. A vrai dire, le plus difficile fut d’entrer à son service. Il vivait dans une de ces demeures de riches que l’on n’approche pas trop facilement. Mais voyez-vous, il y a toujours une corde sensible à utiliser. La première fut celle de la pitié du vieil intendant. Il m’engagea comme femme de chambre et je quittai mes loques de voyageuse pour revêtir une robe un peu plus adaptée à ce type de milieu. Il fallait croire que je fus une bonne employée pour qu’au bout de quelques semaines la femme du dit général renvoie sa vieille habilleuse pour me choisir à la place. Ce n’était que le premier pas. La seconde corde sensible pour approcher de ma cible n’était autre que le fils du couple noble. Il fallait dire que ma proie était trop souvent auprès de sa Majesté d’Angleterre et pas assez proche de moi pour que je puisse me venger. En revanche le fils… Lui était souvent dans la demeure familiale. C’était un jeune homme timide avec les demoiselles. De ceux qui touchent facilement les cœurs voyez-vous. Il ne m’a pas été très difficile de le séduire. De simples sourires lui laissaient croire beaucoup de choses. Tant de chose à vrai dire qu’après une seule nuit il me demanda en mariage, le pauvre bougre. Il l’annonça d’ailleurs à son père qui, outré, s’empressa de revenir chez lui. Il voulu me parler, ou plutôt me menacer avant de me renvoyer. Mais je m’en moquais à vrai dire. J’étais seule avec lui dans une pièce, pour un entretien dont personne n’était au courant bien évidemment. Inutile de préciser que j’avais pris soin de tout préparer. Pendant un moment j’ai hésité à l’épargner, ce vieux général qui ne voulait que le bien de son fils. Mais j’étais bien trop décidée voyez-vous. Le cyanure, vous connaissez ? Ma mère s’en servait pour empoisonner les prédateurs qui s’en prenaient à nos moutons autrefois. J’ignorais encore à l’époque le nom de ce poison, mais je savais où en trouver et quelles doses étaient radicales. Il l’ingurgita avec son verre d’alcool et mourût trois heures plus tard dans son sommeil, après m’avoir fait promettre de quitter la demeure pendant la nuit.Je suis restée, personne d’autre n’avait suivit notre entretien. On le déclara mort de vieillesse et, jouant les demoiselles troublées, j’ai rompu les fiançailles, prétextant qu’il aurait été injuste de contrer la volonté d’un défunt. Pauvre jeune homme. J’ignore ce qu’il est devenu, j’ai quitté l’Angleterre peu de temps après. Etrangement, j’eus pu dire que ma vengeance était assouvie. Je n’en voulais pas vraiment aux Anglais à bien y réfléchir. Finalement cette guerre devenait lassante même si elle devait se poursuivre encore quelques siècles. Je n’aspirais qu’à retourner sur ma terre natale, voir la lande, laisser le vent du large s’enfiler dans mes cheveux. Tout ceci me manqua et je m’empressais d’y retourner. Certaines terres étaient devenues des provinces anglaises, mais je m’en moquais. La terre est plus importante que le nom qu’on lui donne. Mes précédents travaux en tant que femme de chambre m’ont permis de trouver rapidement un emploi. Ainsi j’aidais une noble à la préparation de bals, et de fêtes en tout genre. Souvent je m’occupais de faire les courses et choisir aussi bien la nourriture que les tissus pour les nouvelles robes de mon employeuse. Je n’avais que peu de restrictions et même, il m’arrivait le soir de faire quelques longues promenades sur la côte pour apprécier les reflets des étoiles sur l’Océan. Oui, je devais être un peu fleur bleue et malgré mon passé douteux, la beauté m’empli toujours de tendres sentiments. Je devais avoisiner les dix-huit ans, je pense. Et c’est à cette époque que je quittai l’humanité. A vrai dire, j’ignorais totalement l’existence des Immortels. J’avais bien entendu de sinistres histoires racontées ici et là mais je n’y avais jamais accordé réellement d’importance. Un de ces soirs où la nuit tombe tôt, un repas conviant des nobles de passage eut lieu. A vrai dire jamais je n’étais que rarement présente à ces moments-là, sauf quand mon employeuse désirait quelques morceaux de musiques joués à la flûte. Mon travail se limitait à gérer les allées et venues des autres domestiques dans les cuisines. Pourtant je fus appelée cette nuit à jouer un peu. La noble pour laquelle je travaillais m’a prié de distraire ses invités avant le repas, ce que je fis comme à mon habitude. C’est à ce moment-là que je l’ai vu pour la première fois. Lilith… Une jeune femme belle et sombre. Le genre dont on se souvient voyez-vous. Elle avait un petit quelque chose de fascinant que je ne saisissais pas vraiment. Mais en tant que simple suivante, je me gardais bien de me montrer trop curieuse. Elle partit avant le repas finalement, laissant ma curiosité inassouvie. Ce même soir, libérée de mes devoirs, je m’empressais de rejoindre le bord de mer et… Je la revis. Nous n’avons fait que parler, tout simplement. J’ai pu en apprendre un peu plus sur elle, sans encore savoir réellement ce qu’elle était. Ce ne fut pas la seule fois. Régulièrement à la tombée de la nuit il m’arrivait de lui parler, mais toujours avec un profond respect. Je n’étais qu’une simple servante, non une noble. Mais plus que ça, je ne pouvais pas la considérer autrement que quelqu’un d’exceptionnel sans vraiment savoir pourquoi. Ce fut à elle et à elle seule que je confiai une partie de mon passé, de mes actes peu louables. Elle aurait pu me les reprocher, elle aurait pu me donner aux autorités, mais elle ne fit jamais ni l’un ni l’autre.A vrai dire, le choix de mon immortalité fut autant le résultat d’un choix que d’un accident. Car voyez-vous, les conflits se poursuivaient toujours en Irlande, et si les Anglais pouvaient venir et s’approprier le terrain, les Irlandais pouvaient aussi très bien se rebeller et attaquer les possessions anglaises. Ainsi le manoir fut attaqué, une nuit d’été. Le tumulte avait réveillé tout le monde. Je dormais dans une chambre non loin de celle de la noble qui m’employait et, dans une volonté non pas de la sauver mais de calmer la fureur des Irlandais, j’ai essayé de les empêcher de la tuer. Je me suis même battue, ce qui était étonnant parce qu’en vérité, je n’y connaissais rien en matière de combat. Mais étrangement quand il s’agit de sauver sa vie, on se montre redoutable. Les deux premiers qui m’approchèrent moururent de mes mains, l’un avec un éclat de miroir dans la gorge, l’autre en basculant par la fenêtre. Je ne frappais pas très fort, mais j’avais le mérite de savoir où planter des objets tranchants pour arrêter un adversaire. Hélas face au nombre, je n’ai rien pu faire et, passant par le balcon de la chambre, j’ai essayé de descendre la paroi pour fuir. J’allais presque réussir, mais sur les quatre derniers mètres je suis tombée. A moitié assommée par la chute, j’ai réussi à titubé jusqu’à la sortie du domaine, vers le bord de mer. Je crois que je devais perdre du sang car quelque chose de chaud et humide me coulait sur la tempe, le long du cou, salissant ma chemise de nuit. Je me suis effondrée sur les pierres du rebord de la falaise, trop affaiblie pour continuer. Si elle ne m’avait pas trouvé sans doute que je serais morte ce soir-là. Je me souviens que je ne voyais ni n’entendait plus grand-chose. Je ne l’ai pas sentie arriver ni me retourner. C’est quand j’ai faiblement ouvert les yeux que j’ai vu son visage. Elle paraissait inquiète, mais la seule chose qui m’avais frappé, c’était sa beauté, comme toujours. Elle m’a simplement offert l’immortalité si je ne voulais pas mourir. Je ne me souviens pas vraiment si j’ai dit oui, mais peu importe. Elle m’a transformé à tout jamais, et je lui en suis reconnaissante. Grâce à elle, j’existe encore, et je vois le monde d’une toute autre manière. Plus que la survie, elle m’a offert un réel avenir.
Après La plume cessa sa course sur le papier et avec un mouchoir, Morgan en nettoya soigneusement l’extrémité avant de la reposer sur le côté. De même, elle reboucha le flacon d’encre et, saisissant la dernière feuille qu’elle venait de remplir, souffla délicatement dessus pour la faire sécher. Puis elle réuni ses écrits et les glissa dans un dossier de cuir qu’elle glissa dans un tiroir. Elle était satisfaite de son travail semble-t-il, car sur son visage un faible sourire était apparu. Elle alla dans sa chambre et s’assit devant la coiffeuse pour fixer sa chevelure en un élégant chignon. Elle était attendue ce soir, inutile de traîner d’avantage.
¤†¤
Agenouillée devant une malle, Morgan s’est figée. Elle venait de saisir entre ses mains un dossier en cuir poussiéreux. Depuis combien de temps ne l’avait-elle pas ouvert ? Pas depuis cette soirée d’avril 1814. Cela faisait longtemps ! On était maintenant en 2007. Le temps est bien différent quand on le voit d’un autre œil. Elle ouvrit le dossier et survola les pages jaunies par le temps. Quoi, elle s’était arrêtée seulement là ? Il était temps de rectifier tout ça. Elle emporta le dossier dans la pièce voisine et le posa sur un bureau avant de s’armer d’une plume à réservoir et d’un bloc de feuilles blanches. A nouveau la plume rencontra la page et l’histoire se poursuivit.
Six siècles… Environ six siècles se sont écoulés depuis ma transformation.que s’est-il passé pendant tout ce temps ? A vrai dire tant de choses qu’il m’est impossible de tout relater. C’est en m’éveillant dans ma nouvelle condition que je réalisais pour la première fois que si jamais je n’avais rencontré Lilith, j’aurais vécu une vie humaine courte et insipide. L’humanité est finalement banale. J’en ai tant appris sur ce qui se tramait dans l’ombre que maintenant encore la guerre entre l’Angleterre et l’Irlande me parait ridicule. Elle m’a enseigné ce qu’elle savait sur les Vampires, et aussi sur les Nightmares. J’avais de la peine à imaginer ce genre de créature jusqu’à-ce que j’en rencontre une. Trop jeune et inexpérimentée, ma survie n’est due qu’à une chance hors du commun. C’est pendant une de leur chasse que je les ai vus pour la première fois. Quelles horribles créatures ! Sauvages, menaçantes, puissantes… Ils ont tués des humains, mais aussi des vampires, avec une telle facilité que j’en étais décontenancée. Dans les premiers temps de mon immortalité, j’ai suivi Lilith, avide d’en savoir plus sur elle et les sien, avide de suivre son exemple. J’avais tant à apprendre d’elle ! Elle était à la fois mon maître, ma mère, ma sœur, une personne irremplaçable pour laquelle aujourd’hui encore je donnerai ma vie sans hésiter.Mais par la suite j’ai voulu voler de mes propres ailes. Oh, je n’étais pas habitée de cette ambition qui dévore les jeunes avides de puissance. Non, ce qui me plaisait dans cette immortalité, c’était la connaissance. J’ai appris les manières des nobles tout d’abord. Puis je complétai mon éducation en apprenant à lire, à écrire. Quelle merveille ! Les humains négligent trop souvent ces choses-là. Je me suis découverte une passion pour la littérature, dévorant romans, pièces de théâtres et poèmes. Le temps me rendant plus avide de découvertes, ce fut les ouvrages d’histoire de géographie et de science qui me passionnèrent. Mais plus que tout, la musique restait ma passion favorite. Je jouais beaucoup de la flûte traversière, mais je ne connaissais pas la musique. Alors j’appris. Solfège, études de partitions, entraînements des heures durant, j’atteignis au bout de quelques années le niveau d’un virtuose selon certains. Enfin qu’importe, cela reste un loisir. Un peu comme les sciences d’ailleurs. J’appris par le biais d’études toutes les plantes que ma mère autrefois utilisait sans en connaître le nom latin. Mais lire et relire les ouvrages de grandes bibliothèques ne me suffisait pas pleinement. Avec tristesse, je résolu de m’éloigner quelques temps de Lilith. Il me fallait voyager de mon côté, découvrir de nouveaux horizons seule et surtout apprendre à être plus forte. Quel infant ferais-je en restant faible ? Un boulet pour Lilith, et je ne pouvais l’accepter. La guerre faisait rage contre les Nightmares, il était temps pour moi de me rendre utile contre eux, même si j’aurais voulu simplement que les combats cessent.J’appris quelques techniques de combat, entre le XVI et le XVIIème siècle. Un peu en Europe, un peu en Asie, parfois en Afrique. Je cherchais l’excellence, mais force est de constater que malgré des techniques maîtrisées, je ne suis pas l’égale des grands maîtres. Mais qu’importe, mes talents se situaient ailleurs. Avec le savoir et la parole, on peut obtenir bien plus de choses que par la force. Et je ne me gênais pas vraiment pour acquérir ce qui me plaisait de cette manière. Il m’arrivait de travailler pour gagner de l’argent. Non que j’en aie réellement besoin, mais je trouvais tellement plus amusant de me mêler au monde humain ! On y trouve de quoi se divertir quand le moral baisse, de quoi se défouler quand l’inactivité est pesante, de quoi s’amuser quand la couche est vide depuis trop longtemps et de quoi se nourrir quand l’appel du sang se fait ressentir.Mon voyage a duré longtemps, peut-être un peu trop. La tête remplie de connaissances, le corps entraîné pour se défendre, et l’esprit riches de souvenirs plaisants j’en négligeais un peu trop la guerre qui se faisait dans l’ombre. Le nombre des vampires était l’avantage premier contre les Nightmares, et je me résolu comme d’autres à me battre, à ma manière bien sûr.Je ne me souciais pas vraiment de l’émergence des Lycans. Ils ont un intérêt très scientifique, montrant par leur existence une nouvelle vision du Darwinisme. Ce sont des êtres aux pouvoirs étranges, mais qui savent se contrôler et avec lesquels ont peut avoir d’excellentes relations.Finalement maintenant que j’y songe, malgré les conflits, je ne ressens pas réellement de haine pour nos ennemis quels qu’ils soient. C’est probablement pour ça que je crois naïvement à une paix… Un jour peut-être. Et si possible je voudrais la voir naître.A l’heure qu’il est, je mène un autre voyage. Je suis actuellement sur le continent américain, fief de tous les rêves parait-il. Mais il ne faut jamais se fier aux apparences. Je perfectionne mes connaissances, je me mêle aux nouvelles technologies, aux nouvelles armes. Il n’y a pas à dire, les armes automatiques sont méchamment efficaces. Mais je leur préfère toujours la subtilité de quelques aiguilles recouvertes de poisons. Fourbes, moi ? Cela fait quelques mois que je découvre ce continent, sans doute vais-je bientôt retourner voir Lilith, retourner en Europe. L’Irlande me manque, l’Ecosse aussi…Ce résumé de six siècles me semble un peu bâclé, mais bien que j’aime l’écriture, il y a des choses que je préfère ne pas confesser, même à une feuille de papier.
Les nouvelles pages écrites allèrent rejoindre les autres dans le dossier de cuir. Se relevant, Morgan réajusta sa mini-jupe et son chemisier joliment entrouvert sur un soutien-gorge de satin noir. Pas de chignon, juste une barrette pour retenir les mèches de son visage. Ses boucles fauves s’écoulent en liberté sur son dos. Seuls les vêtements ont changé, celle qui les porte est identique à la demoiselle de 1814 et de 1396.
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Le douzième coup de minuit retenti. Dehors une série de cris de joie résonne. Il neige beaucoup, mais tout le monde est dehors. « Bonne année », hurlent certains, « bonne santé », hurlent d’autres. Debout devant une cheminée, Morgan sourit amusée. Elle est seule pour ce nouvel an, ou plutôt elle a choisi de ne pas sortir tout de suite. Elle tient entre ses mains un dossier de cuir devenu sec et cassant avec le temps. Sur le sol, des feuilles de différentes matières, de différentes époques sont étalées. Elle s’agenouille simplement, au milieu d’entre elles. Dire qu’elle avait pris la peine de relater son passé... Etait-ce une bonne idée ?
A vrai dire elle n’en savait rien. Elle avait tout relu, du début à la fin. Fallait-il poursuivre ? Elle réuni les feuilles pour les glisser dans le dossier de cuir. C’était une histoire étrange, sa vie. Ni belle, ni affreuse, ni fascinante, juste une existence comme tant d’autre, avec ses points sombres et ses bons souvenirs. Ses yeux gris pétillants renvoyaient les éclats des flammes. Elle ne savait pas. Ou plutôt si, elle savait très bien ce qu’il fallait faire. Son histoire n’appartenait qu’à elle, et pour aller de l’avant il ne faut pas toujours trop s’ancrer dans le passer. D’un geste négligeant, elle jeta le dossier de cuir dans la cheminée. Le feu le dévora rapidement, et pendant qu’il se consumait, Morgan alla chercher son manteau. Ce soir, un jeans merveilleusement moulant, un pull qui soulignait ses formes sur un décolleté plongeant, un foulard de soie autour du cou et un long manteau sombre. Cette fois-ci, elle n’avait rien mis pour retenir ses cheveux qui s’écoulaient en larges boucles sauvages autour et devant son visage. Elle quitta la pièce.
Cela faisait cinq minutes maintenant, cinq minutes après minuit. Bonne année 2112 !